Mon parcours syndical II

II Mon parcours de syndiquée

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Je suis obligée de vous expliquer le contexte dans lequel je suis arrivée dans le vrai monde du travail. Cela expliquera la suite logique des événements et le contexte mental dans lequel je m’étais alors retrouvée. Je dis le vrai monde du travail, car j’ai beau travailler depuis mes 18 ans et avoir signé mon premier CDI à 20 ans, ce n’était que des activités accessoires me permettant d’avoir un toit sur la tête, à manger dans mon frigo et de payer mes études. Ça ne comptait pas vraiment. Je n’étais pas une salariée. J’étais une étudiante salariée, mais étudiante avant tout, en train de se battre pour se créer un avenir digne et confortable. Enfin, c’est ce que je croyais.

4b4136feacb5b4899c35cecd449bfd84Vivre sans papa maman et étudier coûte cher. Je contractais donc divers prêts étudiants que ma banque friande de vendre ce type de produit aux personnes peu prévenues et souvent dans des situations précaires et désespérées, m’octroyait presque les yeux fermés. « Ah! vous étudiez pour devenir enseignante? bien! vous serez fonctionnaire! les fonctionnaires ne peuvent pas être en défaut de paiement et vous aurez la sécurité de l’emploi. Bon ok, vous ne gagnez que 700 euros par mois, mais je peux vous faire un crédit à 400 euros puisqu’à la fin de vos études vous aurez un salaire minimum garanti de 1600 euros par mois, je m’y connais bien en prof, mon mari est prof ». Hop, me voilà endettée au-dessus de ce qui m’est possible de rembourser. Le souci, c’est qu’à la fin de mes études, je ne voulais plus enseigner. Je ne voulais plus. Mes expériences de remplaçantes m’avaient glacée le sang quant à la réalité du terrain, et m’avaient profondément révoltée sur le système de l’Education Nationale. Je ne me voyais pas quitter ma ville, ni ma famille pour partir, telle une missionnaire enseigner à des élèves soit toujours plus désinvoltes ou violents, soit toujours plus pauvres, battus, violés par des proches. « Le prof a toujours tort, les parents ont toujours raison. » ou encore dans le bureau du directeur quand je lui demandais d’arrêter d’enlever mes heures de cours  pour les remplacer par des ateliers moraliseurs accessoires, parce que les élèves étaient en retard à cause de la longue absence de la prof que je remplaçais : « Mais Madame ***, ouvrez les yeux, ce sont des élèves de ZEP! ils n’iront nulle part et ne feront rien de leur vie ». Entre autre…. Je quittais ce Titanic avant qu’il ne soit trop tard, confiante en le fait que mon Master 1 recherche et mon Master 2 enseignement, ainsi que mes 7 ans d’expériences professionnelles diverses et variées allaient malgré tout m’ouvrir d’autres portes.

Quelle naïveté! hahaha. J’en ris encore jaune.

J’avais anticipé mon reclassement 6 mois avant la fin de mes études en postulant à tour de bras dans le domaine de la culture, du livre, du journalisme, de l’écrit, du français, de la formation. Plus les mois passaient, et moins je postulais à des postes ambitieux, car plus je comprenais que mes diplômes, apparemment ne valaient rien. Je ne baissais pas les bras. Mais le moment fatidique était arrivé: juillet 2013. La fin officielle de mes études. Le moment était arrivé: j’étais chercheuse d’emploi. J’étais sans revenu. Et j’étais complètement perdue. Je suis allée m’inscrire à Pôle Emploi, qui m’expliqua que je n’avais pas le droit au chômage parce que j’avais démissionné de mon dernier poste (pour harcèlement moral, sauf que je n’avais jamais porté plainte, donc je n’étais pas considérée en chômage involontaire). Je suis allée à la CAF pour tenter de toucher le RSA: ils prenaient ma situation sur les trois mois d’avant, trois mois durant lesquels j’avais le statut d’étudiante et donc cela était incompatible avec la perception du RSA.

Bien: je me retrouvais dans mon appart, avec mes prêts étudiants sur le dos, sans taf, sans revenu, sans rien. Juste mes diplômes pour faire joli et 7 ans d’études éreintantes derrière mois, pendant lesquelles je n’avais presque pas eu de vacances car soit j’étais en cours, soit j’étais en contrat…

Je vous passe l’épisode assistantes sociales, psy, dépression, médicaments, déchéance, prise de poids, desespoir et 12 heures par jour passées à candidater comme une tarée, à me torturer pour savoir quelle formation entreprendre, quelles études éventuellement reprendre: je ne pouvais pas rester sans rien. J’envoyais des candidatures, je me déplaçais, je postulais via Pôle Emploi, via les sites d’interim, par tous les biais et je n’avais aucune réponse, quelques rares lettres de refus me parvenaient des semaines, voire des mois après.

Je crois que c’était la 83 ou 84 ème candidature que j’envoyais depuis septembre, dans une entreprise qui semblait correspondre à peu près à ma vision du monde du travail : je voulais un emploi social, qui soit utile à autrui, tout en ressemblant à du fonctionnariat (pas pour les avantages, parce que je croyais encore en les services publiques à l’époque). Un poste à pourvoir ressemblait à ce que je voulais. Mal payé, bac + 2 exigé, j’avais donc 5 ans d’études d’avance et mes deux mois passés sans aucun revenu me pressaient de trouver un job là maintenant tout de suite sinon c’était la rue. Je postulais avec la meilleure lettre et le plus joli CV que je pus. 84 candidature, pour 4 lettres de refus, ça fait 2% de taux de réponse. Pôle Emploi ne m’aidait pas, ne me proposait rien, ne me guidait pas. Alors, lorsque je reçus le mail de refus pour ce fameux poste, vous allez rire : j’étais heureuse! presque comme si on m’avait recrutée! parce que j’avais une réponse! un contact, une voie ouverte: c’était un mail, sans « no reply », ça veut dire que c’était quelqu’un qui me l’avait écrit et que je pouvais lui écrire en retour!!! Vous n’imaginez pas dans quel état d’esprit on peut être quand on est au bout du bout et au bord glissant du gouffre. Je me précipitais sur l’occasion pour insister poliment en expliquant que dans mon CV, il y avait nécessairement une expérience professionnelle ou un diplôme qui serait utile à l’entreprise.

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La suite, je vous la fait en bref. Ils m’ont appelé quelques semaines après pour un poste qui ne m’intéressait pas plus que ça, pour être honnête, cétait de la même typologie que le job étudiant à temps partiel en CDI que j’ai quitté au bout de 4 ans et demi avec des séquelles psychologiques assez lourdes (et même aujourd’hui, 6 ans après j’en cauchemarde encore) Mais c’était un CDD et ça remplirait le frigo, j’ai foncé. Un mois et demi après, les collègues étaient plutôt sympas, le job pas trop horrible et il y avait une possibilité de CDI. Mes recherches de job, que je continuais en parallèle, toute seule, sans l’aide de pôle emploi bien sûr, n’aboutissaient pas et l’angoisse augmentait. Je me suis dis que je me mettrai en CDI le temps de trouver un moyen de me recycler. Ainsi, je signai mon deuxième CDI, mais mon premier vrai de la vie active.

Cependant, mes sept années d’études et mon expérience dans l’enseignement m’avaient malheureusement donné le goût du travail intellectuel, de la prise d’initiatives, de la force de proposition. Et ce job me lassa très très vite, d’autant plus que ce type de travail bruyant, épuisant moralement et en open space, avec une pression de statistiques et de production surélevée affectèrent beaucoup ma santé. Pour couronner le tout, nous avions à la fois un responsable assez incompétent et une Direction maladroite et sourde.

Je constatais une dégradation progressive des conditions de travail, l’incompétence des encadrants, des injustices à répétition dans une institution qui perdait le sens de ce qu’elle faisait et des valeurs qu’elle était censée incarner. Plusieurs décisions et lacunes institutionnelles posaient problèmes au sein de mon équipe et je prenais toujours l’initiative d’ouvrir ma grande bouche. Tout naturellement, je devins peu à peu la porte-parole et je me mis à descendre poser mes questions aux syndicats, quand je n’avais aucune réponse de la part de mes responsables directs…

Et bien, que cela surprenne les médisants, j’ai trouvé la porte grande ouverte…. Ils m’ont accueillie, renseignée, accompagnée, réconfortée et m’ont orientée lorsque j’étais au plus mal. Je pouvais leur transmettre mes questions pour la Direction, j’étais invitée à leurs comités exécutifs; bref, j’avais trouvé une famille. Me voilà syndiquée en 2016, militante en 2017 puis élue en 2018. Une nouvelle aventure s’ouvre à moi! J’ai le sentiment que je vais découvrir l’envers d’un décor d’entreprise un peu moche. Seul l’avenir me le dira 🙂

 

 

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Mon parcours syndical I

Je vais vous parler un peu de mon parcours personnel.

Ce blog ne s’appelle-t-il pas « journal »?

Allons-y!

Je vais le faire en deux temps, car il y a eu ma vie d’avant et ma vie maintenant et vous donner tous les détails risque d’être long, mais je veux être transparente, car je veux que vous compreniez.

I

Mon parcours d’engagée (enragée?)

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Crédits photo : Créateur :JACK GUEZ, Crédits :AFP

Autant être honnête dès le départ: je ne suis pas une syndiquée de la première heure. Depuis le collège, j’ai toujours été, malgré tout, très engagée. Au point d’être passée plusieurs fois à « l’activisme ». Mais toujours, TOUJOURS, sans étiquette. Je n’ai jamais été étiquetée, je n’ai jamais été encartée et ne le serai jamais. J’ai mes affinités, j’ai mes opinions, mes convictions, mes méfiances et mes déceptions aussi. C’est très compliqué, dans le monde dans lequel on vit, de prendre les « armes » de la défense du droit et du juste en électron libre. Je suis anti-dogmatique. Personne, je dis bien PERSONNE, ne peut entrer à 100% dans une case prédéfinie. Il y a toujours quelques points avec lesquels nous ne pouvons pas être en accord. Ce sont ces quelques points qui m’ont convaincue de ne jamais me trahir. Je ne suis pas une suiveuse. Je ne suis pas une meneuse non plus. Dans un système atomique, je le répète, je suis un electron libre. Ce n’est ni par orgueil, ni par mépris. C’est par amour pour la liberté, c’est par amour pour le vrai, mon vrai, car chaque vérité est subjective. Il y a autant de vérités qu’il y a d’humains sur cette Terre.

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J’ai mené quelques combats au collège en faisant des tracts rédigés, imprimés et distribués par moi-même sur un certain référendum à l’issue cruciale. Mon opinion gagnait avant de se faire écraser quelques années après par des ordonnances dictatoriales (j’ai en horreur le mépris des libertés, le bafouement de la démocratie). Au lycée, rien à signaler jusqu’à la terminale où un combat national enflamma les lycées et les syndicats. Je n’allais quasiment plus en cours alors que c’était à l’année du bac. J’étais de toutes les manifs, j’étais de tous les blocus. J’étais devenue sans m’en rendre compte une sorte de leader. Des élèves inconnus me demandaient où et quand allait avoir lieu la prochaine manif. J’organisais les rencontres dans des salles prêtées par la direction du lycée pour leur expliquer quelles étaient nos revendications et quelles seraient les prochaines actions. Je me suis hissée jusqu’au service d’ordre lycéen, puis jusqu’à la coordination lycéenne, qui se tenait dans un local d’un petit parti d’extrême gauche (ah ça, ils étaient friands de venir nous cueillir dans la fleur de l’âge et cela avait le don de m’exaspérer, mais je passais outre parce que, d’une part j’étais en accord avec une partie de leur ligne politique, et d’autre part parce qu’il fallait d’abord unir nos forces dans ce combat).

12357597_785350281571668_1111348765_nJe me souviens que j’étais sur écoute car les RG avaient réussi à choper la liste des numéros de téléphone des personnes de la coordination. Je me souviens avoir été gazée, chargée et matraquée par la CRS alors que nous faisions un sitting pacifiste sur le pont Corneille, transformé en champ de bataille. Je me souviens que nous faisions un sitting pacifiste sur une grande artère de route, très empruntée, près d’un cinéma Gaumont. On bloquait la circulation mais les conducteurs le prenaient bien, ils parlaient avec nous, l’opinion publique – et ça c’est capital dans tout combat- était de notre côté. Moi, telle une chef de guerre dans le Seigneur des Anneaux préparant une guerre contre le Mordor, je surveillais les opérations depuis une colline adjacente. C’est là que j’ai vu des dizaines de fourgons de CRS arriver, les voir descendre en tenue de playmobil et gazer tous les lycéens et étudiants au sol, tous : il faisait beau et chaud, les conducteurs avaient laissé leurs vitres ouvertes: gazés eux aussi par la même occasion. Je me souviens d’une femme qui est sortie de sa voiture et s’est mise à hurler sur les CRS parce qu’ils avaient gazé son bébé. L’un d’eux la poussa vers sa voiture, et une fois de plus, ils nous chargèrent. (la violence était déjà là à l’époque alors arrêtez de croire que c’est tout récent, ce qui est récent c’est nos élus qui ont commandé grenades de désencerclement et flashballs entre temps, nous n’y étions pas encore confrontés à l’époque).

Cet épisode de ma vie me poussa alors à m’interroger sur la politique. Nous baignions dans une ambiance politisée, avec banderoles, tracts et tentative de récupération politique par les petits partis en création. Je me souviens d’une réflexion que j’avais eu quelques mois avant tout ça, dans le bus, en allant au lycée. C’était la mode des symboles anarchistes et des pentagrammes dans ma jeunesse. Je me demandais alors si je n’étais pas en train de devenir anarchiste: non à l’oppression, non au dogmatisme, ni dieu, ni maître! ça me paraissait séduisant. Je lisais des textes, je m’interrogeais avec distance et parfois scepticisme en me rappelant que tout ce qui brille n’est pas de l’or. Je finis par me décider: en apprenant que le mouvement anarchiste avait un parti (un partie politique!!!) je décidai que c’était décidément qu’une fumisterie: c’est d’une contradiction crasse.

Les différentes tentatives de récupération politique, l’extrémisation de certaines personnes ou certaines mouvances m’ont lassée. J’ai commencé à surfer sur le web des « anti » : les anti-europe, les anti-mondialistes, les anti-capitalistes. Je me suis renseignée sur pas mal d’aspects qu’on appelle aujourd’hui complotistes. J’ai lu, j’ai beaucoup lu. J’ai écouté des vidéos youtube. J’ai appris. Et je me suis réveillée. Je suis devenue active sur des forums, sur facebook. Avant de sombrer dans une dépression, parce qu’ouvrir les yeux sur les réalités qui sous-tendent le monde fait très mal.

 

f19c249e0ac5cf289dfb0ec0b2348044.pngLa suite? Fatiguée d’être taxée de complotiste (qu’est-ce que je ne dis pas là, je vois poindre au dessus de ma tête la massue de la Doxa prête à m’assommer) quand je restais en réalité juste ouverte à toute possibilité et écœurée par les magouilles et les manœuvres de nos élites, j’ai définitivement rompu avec le monde « politico-économique et social ». Je me suis plongée corps et âme dans mes études supérieures, tout en travaillant à temps partiel. J’enchaînais les petits jobs en plus de mon cdi partiel, en plus d’études lourdes et contraignantes. Je n’avais plus le temps pour tout ça, je n’avais plus l’énergie. J’avais perdu confiance en toute institution, association, mouvance, parti. Et pendant 7 longues années, j’étais étudiante dans le supérieur, en cdi à temps partiel dans un boulot assez horrible mais qui m’apprit énormément sur le monde du travail et sur le monde adulte, en plus de ça, j’ai fait des remplacements de professeur de français, je donnais des cours particuliers, je faisais du baby-sitting et j’ai intégré puis co-fondé une association historique: où était le temps pour se poser des questions? J’avais été déçue par les gens qui ne se défendaient pas quand on leur imposait des lois qui les attaquaient très clairement. Pendant mes sept ans d’études, ce fut surtout une lutte pour la subsistance, pour la survivance, car je n’avais plus la chance de vivre chez mes parents et d’avoir tout payé par papa investisseur et maman cadre. Petite fille des banlieues, j’ai passé ma vie dans des HLM avec un père ouvrier et une mère au foyer. On m’a appris que les études donnaient un bon travail et qu’un bon travail donnait un bon salaire, et avec un bon salaire, je pourrais me sortir moi et ma famille hors de cette misère latente, rampante et suffocante… Pas le choix: il fallait que je réussisse à obtenir mes diplômes si je voulais réussir ma vie…

Fin de la première partie de mon expérience

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Journal du 2 Janvier 2019

Tout d’abord tous mes vœux pour cette nouvelle année 2019.

 

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L’année 2018 fut très chargée socialement parlant (me refusant à tout propos politique car là n’est pas le rôle d’un syndicat, je me permettrai cependant toujours de parler des actualités sociales surtout celles en lien avec le travail). Les Français commencent à réaliser à quel point la force du nombre peut peser dans la balance.

Bien qu’au-dessus, les interlocuteurs feignent de rester sourds, cela a au moins permis aux Français de reprendre confiance en eux et conscience de leur force: Seul, on va plus vite; ensemble on va plus loin.

Je vous souhaite surtout une bonne santé et beaucoup d’accomplissement personnel.

Allons-y pour une nouvelle journée truffée d’anecdotes syndicales.

 

« C’est la première impression qui compte » et stop au sectarisme

 

C’est la première impression qui compte

Cette après-midi, ma collègue qui était à l’accueil m’a demandé de descendre pour rencontrer des visiteurs. En effet, ils avaient une requête un peu particulière. Ils voulaient rencontrer un élu syndical afin de lui poser des questions. Cela m’embêtait un peu car, après tout, je suis une nouvelle née dans la famille syndicale. Avant d’aller à l’accueil, je suis passée voir s’il y avait un élu syndical plus ancien que moi de présent. Malheureusement avec les vacances, je n’ai trouvé personne pour venir les renseigner.

Je savais que ce n’était pas mon rôle, je savais qu’il fallait que ce soit quelqu’un d’expérimenté. Cependant, on ne peut pas fermer la porte à quelqu’un qui a besoin d’aide. Je les rencontrais donc avec une pointe d’anxiété. La femme, accompagnée sans doute par son compagnon, m’expliqua sa situation : ses collègues et elle avait posé un préavis de grève auprès de leur employeur sans syndicat. En effet, dans leur entreprise il n’y avait aucun syndicat de présent, seul un délégué du personnel avait été élu sans étiquette. Il ne semblait pas être d’une grande aide, c’est pourquoi elle avait profité d’une visite dans l’entreprise pour poser ses questions. Car son employeur les avait mis en garde : « ah ! Vous voulez faire grève ? Faites-la bien,Car au moindre faux pas vous serez licenciés. » Peut-être s’était elle rendu compte qu’ils s’étaient lancés dans la bataille de façon un peu imprudente, et qu’il était temps de se renseigner correctement.

téléchargement (1)Dans mon service aujourd’hui, nous accueillions des nouveaux. Je n’étais pas en grande forme et mon collègue, pour me rebooster, me dit alors « aller un sourire, c’est la première impression qui compte. » C’est cette phrase qui me traversa l’esprit quand la femme finit de m’expliquer sa situation et me regardait avec un regard plein d’espoir, mêlé d’inquiétude. Son compagnon lui dit alors qu’avec les syndicats on était plus fort, on pesait plus lourd, on était mieux représenté. Afin de ne pas vous écrire un roman, je ne vous donnerai pas tous les détails de la conversation. Tout ce que je peux vous dire c’est qu’en l’espace d’une demi-heure, je me pliais en quatre pour tenter de trouver le bon interlocuteur. Quelle ne fut pas ma surprise, en surfant sur le Web, de constater que de trouver le bon numéro de téléphone de la bonne section syndicale relevait du parcours du combattant. Je lui expliquais comment ça se passait dans mon entreprise, les préconisations qui nous avait été communiquées par notre syndicat ainsi que ce que l’on pouvait faire et ne pas faire. Mais au vu de la situation particulière de cette personne, et surtout vu l’entreprise dans laquelle elle travaillait, j’étais bien embêtée pour lui répondre. J’ai fini par trouver deux ou trois numéros de téléphone qui semblaient correspondre à sa requête . Avec l’accord de mon secrétaire du syndicat j’ai communiqué le numéro de téléphone portable du responsable de mon syndicat au niveau local. Elle repartit avec le sourire aux lèvres et je reçu quelques heures plus tard un SMS me remerciant de ma gentillesse et de mon soutien. Je me suis sentie utile et j’espère que son combat aura des retombées positives.

Je me disais aussi, pleine d’espoir, qu’avec tout ce qui se passait en ce moment en France, les gens commençaient à se réveiller et à se rendre compte que les syndicats étaient là pour les épauler, pour les accompagner, pour les rendre plus forts.

 

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Stop au sectarisme

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Ce soir, j’ai reçu le retour de flamme. Si un jour tu lis ces lignes et que tu découvres qui je suis, tu comprendras très vite que les paragraphes qui vont suivre te sont consacrés : sache que j’ai beaucoup de respect pour ton engagement syndical, pour ton expérience, pour tes conseils, dont je te remercie. Cependant, j’ai le droit d’avoir ma propre opinion des choses, ma propre vision de l’aide que nous devons apporter aux salariés, syndiqués ou non , qu’ils souhaitent se syndiquer ou non, et ce n’est pas à toi de me faire la leçon. Tu peux me donner des conseils, tu peux me dire que ce que j’ai fait est mal, tu as parfaitement le droit de me donner ton opinion, mais jamais, jamais de me faire la leçon. Tu n’es ni ma mère ni mon secrétaire du syndicat. Tu n’es pas secrétaire d’union locale. Non: tu es quelqu’un qui se bat au quotidien pour ce en quoi tu crois et tu le fais du fond du cœur. J’ai beaucoup d’estime pour toi, mais nos points de vue sont différents. Ainsi, je te demande de ne pas prendre mal les paragraphes qui vont suivre.

triste.jpgPendant ma recherche effrénée de numéro de téléphone de contact de cet après-midi, j’ai envoyé moi-même deux SMS à mes deux contacts syndicaux les plus proches dont la personne à qui s’adresse les lignes précédentes et celles qui vont suivre. L’un d’entre me donna le numéro de téléphone d’un responsable syndical à plus haute échelle, comme je l’évoquais tout à l’heure, l’autre ne me répondit que bien plus tard dans la soirée. Après quelques échanges de SMS infructueux, cette personne me téléphona. Je me suis dit que c’était sans doute pour que je lui donne plus de détails et de précisions. Grand mal m’en fasse, c’était pour me réprimander comme une petite fille. Cette personne avait déjà fait le coup il y a quelques mois, et je ne l’avais pas très bien pris à l’époque, car elle n’emploie pas toujours le bon ton. La personne m’expliquait que ces gens là n’avaient qu’à se débrouiller, qu’ils avaient déjà été défendus de par le passé, aucun d’eux ne s’étaient syndiqués après ça, que leur situation n’était pas urgente, qu’il n’y avait aucune urgence pour les non syndiqués, et que ce n’était pas à moi de faire l’intermédiaire. « Ils n’ont qu’à aller sur Internet, sur l’annuaire, ils sont grands, ils sont adultes, ce n’est pas à toi de les prendre par la main. Tu verras à l’avenir que les gens n’attendent qu’une chose, c’est que tu le prennes par la main, s’ils ont besoin de l’aide des syndicats ils n’ont qu’à se syndiquer. » Voilà typiquement le type de discours que je ne veux pas entendre. Qui n’est pas entendable. C’est ce genre de discours qui fait passer les syndicats pour des sectes, pour une mafia, pour quelque chose de fermé, alors qu’en réalité, les syndicats devraient toujours, toujours garder leurs portes grandes ouvertes à qui a besoin d’aide pour être défendu, syndiqué ou non. Je croise les doigts pour que cette femme soit aidée et accompagnée par quelqu’un de mon syndicat. Mais s’il ferme la porte, elle ira voir un autre syndicat et ce sera tant pis pour nous. Je ne cautionne pas ce type de sectarisme, je ne cautionne pas ce type de fermeture d’esprit, et j’espère du fond du cœur que cette femme pourra obtenir gain de cause avec ou sans se syndiquer.

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Rassurez-vous les amis, il existe des élus syndicaux qui ne sont pas sectaires, qui ne font pas de chantage à la cotisation syndicale, qui ne font pas de prosélytisme (la preuve en est: je n’ai jamais cité mon syndicat ici et ne le citerai jamais) qui ne monnaient pas l’aide qu’ils apportent en échange d’une inscription syndicale, en échange de l’ouverture d’une section syndicale, et qui pensent, sincèrement, que la défense des salariés n’a pas besoin d’être récupérée.

Je reviendrai dans un prochain article sur mon propre parcours syndical, et ce qui m’a sans doute menée à être plus ouverte d’esprit que d’autres, sur l’accompagnement des personnes non syndiquées. Je peux tout à faire comprendre que l’on ne souhaite pas s’encarter, que l’on souhaite rester libre et autonome, et que de s’engager dans un syndicat peut faire peur. Cela ne doit pas nous exclure d’un processus de défense de nos droits de salarié. Cela ne doit jamais laisser les gens dans la solitude. Tout combat vaut la peine d’être mené. Tout combat vaut la peine d’être soutenu. J’espère que ces quelques paroles vous redonneront espoir pour certains élus syndicaux qui ont une conscience, une certaine générosité peut-être, et surtout: qui laissent leur porte ouverte.

 

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Journal du 28 décembre

Le silence, Le cdi comme liberté et une belle victoire

 

Hier fut une nouvelle journée intéressante pour l’élue que je suis. Je suis reconnaissable maintenant. Et j’ai un rôle à jouer. Les élus sont des relais.  Je suis également devenu un interlocuteur. Quelqu’un à qui l’on parle et à qui, parfois, on dit bien plus sans prononcer une seule parole.

SILENCE

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Parfois, on ne prononce plus non plus une seule parole sciemment, on joue le jeu de l’ignorance et du pourrissement et tout ceci est grandement mature. Je ne pense pas me faire d’idée ou de film en remarquant que mon encadrement ne m’adresse plus la parole. Je suis un rebut, reléguée au rang d’un agent de production sans intérêt et que l’on prive de toute communication. Je suis animatrice d’équipe. J’ai un rôle humain à jouer. Je dois faire remonter les choses qui vont ou ne vont pas, je suis censée proposer des choses, mettre en place des idées et cela va faire un mois, depuis que mon encadrement sait que je serai sur les listes, qu’on me prive sciemment de ce rôle. On me fait me sentir inutile. On me fait perdre le sens de mon quotidien. On m’invite, en silence et par le silence, à fermer ma bouche et/ou à partir du service. Je dois être forte. Un combat tacite commence… On ne me réduira pas au silence si facilement.

« Je signe mon cdi et j’arrive! »

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Hier matin, ma pause cigarette (oui je sais pas bien du tout) fut également une expérience supplémentaire sur mon nouveau chemin. En descendant, j’ai croisé une ancienne collègue du service, qui était en CDD et qui a été recrutée sur un contrat de professionnalisation sur un an et demi. Elle me voit et me fait un grand sourire, que je lui rends chaleureusement. Elle fait partie des gens biens, des personnes foncièrement bonnes et dont le sourire nous réconforte et nous rappelle que tout le monde n’est pas un requin dans ce terrible Western de mauvais goût qu’est le monde de l’entreprise. Elle me croise donc avec un grand sourire en me disant qu’elle était très contente de me voir. Elle est affectée dans un service de production de masse et est donc contrainte d’arriver vite, de monter vite travailler, de ne pas bouger de son poste et de repartir aussi vite. Nous nous croisons très rarement.

Elle me félicite alors pour notre élection. Je dis notre et non pas ma en le sens où je n’y ai que très maigrement participé. C’est le travail commun effectué par le syndicat et le bouche à oreille de collègues éveillé qui a fait tout le job. Oui je suis élue. Mais ce n’est pas « mon » élection. Il y a un « nous » puissants et forts, actifs et déterminés derrière tout ça. Et ce « nous » ce n’est pas seulement mon syndicat. C’est l’ensemble des salariés qui sont en attente, qui croient en nous ou qui ont besoin d’aide.

Elle enchaîne directement sur: « ça y’est! je vais vous rejoindre. Normalement si tout va bien je signe mon cdi bientôt, je crois que j’ai un mois de période d’essai et après hop, je me syndique! je vous rejoins! je me syndique! ». Il y avait un tel plaisir dans sa voix qu’elle a éclairé ma journée. Vous savez ce qui me fait le plus plaisir dans sa démarche de se syndiquer? Ce n’est pas de gagner des adhérents et des cotisations. Je laisse ça au trésorier. C’est qu’elle n’est pas en attente, elle n’est pas dans le besoin. Elle n’a, pour l’instant, subi aucune injustice; elle n’a, pour l’instant aucune rancœur contre un supérieur ou la Direction. Elle ne se syndique pas comme un bouclier ou une arme à une situation bien précise, ni pour remercier le syndicat de son aide -contrairement à l’infâme syndiquée que je suis-. Non! elle se syndique pour le principe de se syndiquer. Parce qu’elle a compris le poids et l’importance des syndicats dans les entreprises, elle a compris qu’il « vaut mieux prévenir que guérir » et elle a compris que cette démarche devrait être automatique et faite par TOUS les salariés, car AUCUN d’entre eux n’est pas l’abri. Nous ne sommes plus à l’abri. Je ne dis pas que les syndicats sont des remparts infaillibles mais ils peuvent beaucoup et c’est déjà pas mal.

Je l’admirais et la remerciais intérieurement de ce qu’elle venait de me dire. Vous comprendrez que ce genre de situation fait partie des raisons pour lesquelles je tiens à garder l’anonymat. Si demain, en sachant qui je suis, un esprit mal intentionné tomberait sur ce texte, il comprendrait quelle est cette collègue et – sait-on jamais- cela pourrait jouer en sa défaveur dans l’obtention de son CDI. Pourquoi? parce que dans ma société, les hauts chefs N’AIMENT PAS LES SYNDIQUES, ce sont des rebelles en puissance, ça fait perdre des moutons dociles qui acceptent tout et n’importe quoi dans leurs rangs. Donc silence est père de sûreté.

Après avoir échangé quelques nouvelles, je sortis donc m’intoxiquer dans l’air glacial du parking.

« Une belle victoire »

 

J’arrive sous l’abri destiné aux toxicos que nous sommes pour fumer ce petit bout de mort goudronné qui me permet de me donner l’illusion que je me déstresse. Une dame du service documentation est là, à fumer, elle aussi. C’est quelqu’un de toujours souriant et qui a l’air très gentil. Son poste ne doit pas être trop mal. Elle fait partie des gens qui choisissent les articles de presse concernant notre activité et les accrochent dans les couloirs. J’avais déjà remarqué que certains articles étaient teintés d’écologie, d’anti-racisme et parfois même d’une petite touche de sensibilité sociale. C’est très discret bien entendu, la personne qui les accroche sait quelle est sa place.

Au début nous fumions en silence. Puis elle me dit, je ne sais plus comment, ni par quel premier mot (car c’est toujours délicat de lancer une conversation de butte en blanc avec une collègue qu’on croise souvent mais à qui l’on dit d’ordinaire uniquement « bonjour » ou « merci » quand elle nous tient pas la porte »:  » C’est vous qui êtes majoritaires? ». Cette phrase m’aurait été adressée il y a un mois, je ne l’aurais pas compris. Maintenant je sais. Et je porte « la marque » invisible de l’élue syndicale. Je fais partie des porte-paroles de mon organisation maintenant. Elle se reprend: « Je veux dire, c’est vous qui êtes majoritaires au CE maintenant? » , sa voix est neutre et détachée, elle parlait tout doucement, comme sur le ton de la confidence. Je ne savais pas trop si elle voyait ça d’un bon ou d’un mauvais oeil. Peut-être était elle déçue que son syndicat ai perdu les élections. Je répondis « Au CE oui, nous sommes majoritaires, mais pas pour la représentativité. » J’entame une explication un peu maladroite. Et elle répond « ah? C’est pas important ça la représentativité, si? » « Bah, ils restent majoritaires pour signer les accords ». Et là je compris, lorsqu’elle me répondit « ah, mince! ». Je dis alors « mais cela reste une belle victoire », « oui ça reste une belle victoire ». bonhomme-sourire-langue.png

Je compris aujourd’hui que c’était bien elle qui était à l’origine de ces articles de presse sélectionnés avec une sensibilité sociale proche de la mienne. Je compris aussi qu’il y avait des gens, dans l’ombre, qui nous soutenaient, qui étaient venus glisser nos noms dans l’urne et qui se réjouissaient de nous voir prendre les rennes des négociations avec la Direction. Je lui souhaitais une bonne journée et repartis vers le bâtiment avec un petit sourire et un sentiment bizarre, comme si j’étais le personnage d’une série dystopique et que je venais de rencontrer une alliée de la résistance silencieuse à l’oppression de la dictature du future dans laquelle nous serions. Il y avait un côté romanesque à tout ceci. Et je sentais que l’organisation pour laquelle j’avais un rôle à jouer avec de nombreux yeux tournés vers elle, dans l’ombre…

 

Nous sommes des relais. Et, je l’espère secrètement, des porteurs d’espoir.

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Journal du 27 décembre

A l’écoute et l’ombre d’un doute

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Aujourd’hui fut une journée relativement intéressante pour la nouvelle élue que je suis.

J’ai commencé à récolter quelques doléances de collègues d’autres services sur une prime qu’ils ne touchent pas et à tort. C’est très positif pour moi car ça me permet de m’ouvrir à d’autres horizons: je ne dois plus m’occuper que de mes collègues directs maintenant. Il y a d’autres combats à mener, d’autres injustices à résoudre et d’autres bien-être auxquels être attentive et cela me plait. Je vais apprendre à mieux comprendre et à mieux connaître l’entreprise dans laquelle je travaille.

J’ai hâte de proposer leurs questions à la prochaine préparation de réunion CSE.

Je l’avais déjà évoqué mais cela ne fait pas de mal de le rappeler: je ne suis pas une effarouchée de mon syndicat. Le syndicat, je l’ai choisi pour plusieurs raisons et j’aurais l’occasion d’y revenir lors d’un prochain article, mais je garde le recul et la distance nécessaires. Comme je l’expliquais, mon but est de redonner confiance en chacun en les syndicats et pour cela, je vais mener une exploration sincère, honnête et transparente de l’intérieur. Cette sincérité et cette transparence sont capitales pour moi. Elles sont la condition sine qua none au bon fonctionnement d’un groupe. Sans sincérité ni transparence, pas de confiance. Sans confiance pas de climat serein ni de construction au sein d’un groupe humain. Ainsi, je me ferais la détective de ce qui se trame dans les coulisses d’un syndicat. Je ne suis pas une infiltrée, je crois en ma mission, je crois en l’importance des syndicats. J’ai plus de méfiance à l’égard des humains, voilà tout.


Sans sincérité ni transparence, pas de confiance. Sans confiance pas de climat serein ni de construction au sein d’un groupe humain.

Journal d’une élue syndicale

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C’est pourquoi c’est avec honnêteté que je confierai aujourd’hui que j’ai appris que mon secrétaire de syndicat négociait avec la Direction des changements de service pas du tout transparents. Ce serait bien trop long à tout expliquer. Ce qu’il fait est parfaitement positif pour le bien-être des salariés en question et heureusement que quelqu’un s’occupe de faire ça. Maintenant, ma boîte fonctionne sur le principe de mobilité interne: les gens se lassent assez vite de ce qu’ils font et on leur vend qu’ils peuvent changer de poste, qu’il suffit de postuler, que les postes sont ouverts à tous. Cependant, lorsqu’il négocie ces changements de service avec la Direction, la personne n’est pas déplacée… On l’invite à postuler et elle est prise d’office, en passant devant les autres candidats. C’est parfaitement inéquitable! Cela a des conséquences déplorables sur des personnes qui ont postulé comme il se doit, qui se sont données à fond et qui n’ont pas été retenues. On leur sort une soupe sordide de « vous étiez bons mais il y avait meilleur que vous » alors qu’en réalité le poste était réservé!!!

Je suis pour que toute personne en souffrance sur son poste puisse être accompagnée sur un changement.

Je suis contre toute forme de magouille sous marine pour faire passer ça pour une candidature au détriment d’autres candidats, cela n’est pas la JUSTICE.

Je suis peinée également qu’il ne m’en ait jamais parlé. Si nous devons travailler ensemble nous devons communiquer. Je lui dis tout ce que je sais et j’attends la même chose en retour.

J’attends le moment propice pour lui en toucher deux mots….

Voilà pour le petit rapport de la journée.

Les élections de début décembre

 

 

Début décembre se sont tenues les élections du CSE dans mon entreprise.

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Cette date fut décisive car j’ai été élue pour la première fois. On peut dire que c’est le jour où tout a commencé pour de bon.

J’avais déjà un pied dans le syndicalisme et je reviendrai sur mon parcours lors d’un prochain article.

Ce jour là, j’ai eu la chance de pouvoir être détachée de mon poste pour pouvoir participer aux votes et aux dépouillements. C’était sur du temps syndical donné par mon syndicat consenti par la Direction. Heureusement que ce temps relatif au fonctionnement du syndicat existe ! Ça permet aux non élus comme je l’étais à l’époque, de prendre part à la vie du syndicat.

Le matin, j’arrive dans la salle de vote des salariés (elle était séparée de la salle de vote des cadres car, dans mon entreprise, on ne mélange pas les torchons et les serviettes ou alors « le grand aigle ne vole pas avec l’humble pigeon » comme dirait un collègue. J’ai voté en deuxième, juste après mon secrétaire de syndicat. Il était tout extatique et pas très à l’aise. On sentait qu’il était assez stressé car il savait pas du tout à quoi s’attendre niveau résultats. Moi j’étais confiante. Il s’était suffisamment investi et battu depuis 4 ans pour que l’ensemble des collègues reconnaissent son travail. J’avais également confiance en les différents mouvements qui ont eu lieu dans les services et qui ont toujours été défendus vaillamment par mon syndicat. J’avais confiance en mon service, qui a connu une grève mémorable en début d’année, et qui a réveillé plus d’un collègue sur la question des syndicats. Je savais qu’ils allaient descendre. Je savais que les absents avaient voté par correspondance. J’avais confiance aussi en le bouche à oreille. Chacun a fait marcher son réseau pour informer les collègues de toute la caisse que les élections avaient lieu et qu’elles seraient décisives. J’avais confiance. 

A présent, c’était mes premières élections. Le syndicat d’opposition avait toujours été majoritaire alors je ne me demandais pas si mon syndicat allait l’emporter, je me demandais juste avec combien d’élus nous allions nous retrouver. A la base, je devais figurer sur les listes en tant que suppléante tête de liste. A la suite d’un désistement, je me suis retrouvée sur les listes titulaires en 3 ème position. Je ne me faisais pas trop de souci sur mon élection. J’attendais patiemment les scores. La confiance en soi, en son syndicat mais aussi, et surtout en les salariés, ne laissaient pas place au doute. 

Après une matinée de vote, nous passions l’après-midi au dépouillement. La salle était petite et sans fenêtre, il a fait très vite chaud. Nous étions quatre par table, avec six tables. Mon secrétaire de syndicat était resté debout, il était rouge, puis blanc, puis rouge. Il devait être dans un état intérieur extatique. Il ne savait pas du tout à quoi s’attendre. Lui il est dedans à 100%. Il est détaché à 100%. Son travail est entièrement dédié au syndicat et au Comité d’Entreprise. Il manque donc peut-être d’un peu de recul. Moi je savais que l’opinion publique des plus modestes était de notre côté. Ce fut plaisant au dépouillement de voir se succéder les bulletins de ma liste syndicale. 

Au final, victoire écrasante du collège salarié, défaite moins écrasante que prévu du collège cadre. 

Nous étions à court de candidats! Des personnes qui avaient prévues d’être suppléantes se sont retrouvées élues tellement nous avions raflé de voix! C’est une belle victoire!

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Pourquoi est-ce une belle victoire?

 

Pas pour l’égo. Pas pour le pouvoir. Pas pour le plaisir sadique et carnassier d’écraser l’autre. 

Parce que c’était la victoire des salariés! Parce que c’était la reconnaissance du travail accompli par des gens qui se bougent vraiment les fesses et qui se sentent vraiment concernés par le bien-être des gens et de la justice! C’était la victoire du juste

A voir si mon syndicat est à la hauteur de ses ambitions 😉

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Qu’est-ce qu’un Syndicat?

« Des vendus!!! » diront les déçus.

Pour ma part, je ne me considère pas comme une vendue mais comme quelqu’un qui prend la défense des salariés et le bien-être au travail très à coeur.

Les gens que j’ai rencontré dans mon syndicat sont investis de leur mission et ne supportent pas l’injustice. Je vous l’accorde tous les syndiqués et tous les syndicats ne partagent pas les mêmes valeurs. Nous aurons l’occasion d’y revenir dans un autre article.

Je vais me baser sur l’article de Wikipédia sur le sujet, en me permettant des petites insertions et autres commentaires: https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndicat

« Un syndicat est un groupement de personnes physiques ou morales pour la défense ou la gestion d’intérêts communs. »

Nous parlons donc bien de défendre et gérer les intérêts communs à l’entreprise, et la défense, généralement, ça passe par des revendications. Ces revendications font l’objet de débats, de négociations avec la Direction, qui, comme vous le savez défend souvent ses intérêt. Le tout est de veiller à faire respecter les droits des salariés et travailler à leur bien-être au travail, dans un climat de justice et d’équité.

« Le terme syndicat vient du terme Syndic. Étymologiquement, le Syndic désigne historiquement d’abord une personne ayant à gérer la gestion de la défense des intérêts communs d’une collectivité, puis une personne qui représente un groupe autre que le groupe municipal, un conseiller, un avocat. À l’origine, le syndic représente son groupe dans une action en justice. Dans ce contexte, le terme syndicat désigne la fonction jouée par le syndic, mais aussi le groupe représenté qui s’est aussi appelé chambre syndicale ».

Ainsi, on pourrait dire qu’un syndicat regroupe sous une même bannière un ensemble de « Syndics » au sens premier du terme, visant à un but commun et partageant des valeurs communes.

« En France, le terme a de nombreuses acceptions mais en raison de l’importance de la relation entre employeurs et employés (ouvriers et employés, techniciens, agents de maîtrise, ingénieurs et cadres), il désigne relativement souvent les organisations de défense de l’intérêt des salariés (ouvriers, employés ou cadres), souvent désignées sous le sigle « OS » (organisations syndicales) et protégées par le droit du travail, une législation particulière reconnaissant la liberté syndicale, et le droit de grève. »

En définitive, les syndicats sont des organisations visant à défendre l’intérêt des salariés (et non des patrons – n’est-ce pas…) et faisant appliquer le droit de grève. Les syndicats sont protégés par le droit du travail et il est de leur devoir de faire appliquer ce dernier tout en oeuvre pour le « Dialogue Social » au sein de l’Entreprise.

Par conséquent, le but d’un syndicat n’a jamais été d’abriter des planqués, des vendus, des tires au flanc et autres joyeusetés. Son but est clair, net et précis: s’investir au quotidien en faveur des salariés, pour faire valoir leurs droits, dans la justice, l’équité et maintenir un dialogue raisonné avec la Direction.

Certaines expériences personnelles spécifiques peuvent avoir eu pour conséquence de faire perdre confiance en les syndicats. De même certaines prises de position des grands dirigeants syndicaux peuvent prêter à confusion. Je tenais à rappeler que:

Les Syndicats sont apolitiques.
Ils travaillent au dialogue social et à maintenir les acquis sociaux des salariés.
Ils veillent à faire respecter le droit du travail.
Ils veillent à défendre les intérêts collectifs ou individuels des salariés.
MAIS EN AUCUN CAS ILS NE SE MÊLENT DIRECTEMENT DE POLITIQUE.
Si tel est le cas, c’est à la charge du syndiqué en question et non pas du syndicat.

ATTENTION: CERTAINES LUTTES SPÉCIFIQUES POUSSENT LES SYNDICATS A ALERTER DIRECTEMENT LES ELUS POLITIQUES ET/OU LES GOUVERNEMENTS

Pour conclure, je tiens aussi à préciser que s’il existe plusieurs syndicats en FRANCE, c’est à la fois parce qu’il existe plusieurs corps de métier mais aussi plusieurs sensibilités sociales.

Alors? Intéressés pour en savoir plus sur les syndicats? Continuez à suivre le blog. 🙂